Au bon vieux temps...

12/12/2018

Au bon vieux temps des bouilleurs ambulants.

Autrefois, avec l'arrivée de l'automne, on voyait un étrange attelage traverser les villages. Le bouilleur ambulant et son alambic, tiré par un cheval, venaient s'installer sur la place. Durant plusieurs jours, tous ceux qui avaient un verger ou seulement quelques arbres fruitiers venaient apporter leur récolte, qu'il avaient fait fermenter, afin de la transformer en eau-de-vie.

Précisons tout de suite que le bouilleur de cru est celui qui possède les fruits, c'est un amateur. La loi de 1923 en distingue plusieurs catégories:

- le bouilleur de cru qui distille lui-même ses fruits à son domicile,

- le bouilleur de cru qui fait distiller sa récolte à son domicile par un bouilleur ambulant,

- le bouilleur de cru qui distille lui-même dans un atelier public,

- le bouilleur de cru qui fait distiller dans un atelier public par un bouilleur professionnel ou ambulant,

- le bouilleur de cru qui faisant distiller dans une distillerie coopétative.

Le bouilleur ambulant est un professionnel, mais il s'agit souvent d'un métier saisonnier.

On distillait cerises, raisins, prunes, poires, fraises, abricots .... et l'eau-de-vie obtenue était destinée à la famille pour l'apéritif, le digestif, mais aussi la pâtisserie. Les commerçants s'adressaient plutôt à des distilleries industrielles.

Le privilège de bouilleur de cru remonte à Napoléon, lorsqu'il accorda un privilège d'exonération de taxes pour la distillation de 10 litres d'alcool pur ou pour 20 litres d'alcool à 50°, pour ses grognards. 

Ce privilège fut héréditaire jusqu'en 1960, où, pour tenter de limiter le fléau de l'alcoolisme dans les campagnes mais aussi sous la pression des lobbies de grands importateurs d'alcool fort ou de producteurs français, le législateur en interdit la transmission entre générations. Seul le conjoint survivant pouvait en user jusqu'à sa propre mort, mais plus aucun descendant.

Dès lors, les bouilleurs de cru non titulaires du privilège pouvaient faire fabriquer leur alcool par le distillateur ambulant mais devaient verser une taxe fiscale au Trésor public via l'administration des douanes à partir de 1993.

En 2002, une loi de finances indique que la franchise accordée aux bouilleurs de cru encore titulaires du privilège est supprimée. À partir de la campagne de distillation 2008, les anciens titulaires du privilège peuvent encore bénéficier d'une remise de 50 % sur la taxe pour les 10 premiers litres d'alcool pur (article 317 du code général des impôts).

Un nouvel amendement voté au Sénat proroge le droit sur les 10 premiers litres jusqu'au 31 décembre 2010. 

  Une étude de 2014, réalisée dans le département de la Nièvre, a répertorié 4 100 bouilleurs de cru ayant droit à échapper à l'impôt. Hélas, il s'avère que la plupart d'entre-eux sont en réalité des veuves âgées, résidant en maison de retraite et ne distillant donc plus !

A terme, tous les bouilleurs de cru devront payer l'impôt.

Aujourd'hui, la production d'eaux-de-vie ne représente plus un fléau pour la société, mais de vieilles factures du siècle dernier retrouvées par un collectionneur, montre qu'un café de village pouvait passer jusqu'à 800 litres de cet alcool en une année ! En revenant des champs ou de l'usine, où le labeur était épuisant, les hommes se requinquaient...mais y passaient hélas parfois leur paye..