Essai de toponymie de lieux du Morvan-Val d'Arroux.(1)

 Il est impossible de savoir précisément à partir de quelle date les humains ont attribué des noms aux lieux qui les entouraient. Néanmoins, il semble que ce soient les rivières et les montagnes qui aient été nommées en premier, 

Les lieux d'habitation ont reçu des noms à partir du moment où les hommes se sont sédentarisés.

Dans notre région Val-d'Arroux-Morvan, avant l'arrivée des Romains et donc de la langue latine, les occupants étaient des Celtres ou Gaulois et en particuliers des Eduens.

D'autres peuplades avaient vécu avant eux dans ces territoires mais ils n'ont laissé aucune trace linguistique certaine.

La toponymie de notre région est donc principalement basée sur la géographie avec des références à la montagne, aux cours d'eaux, aux forêts, aux plantes, ou aux rochers.

Les Gaulois n'avaient pas de villes. Ces grands centres de population fixe n'existaient pas plus chez eux que chez les Bretons et les Germains. Ils ne connaissaient que trois sortes de constructions : la forteresse, le village, la maison, - l'oppidum, le vicus, l'ædificium.

Avec la romanisation, la toponymie est basée également sur le nom des propriétaires des domaines. C'est généralement le cas des villages dont le nom se terminent par Y , Pour désigner la propriété d'une personne, on ajoute à ce nom le suffixe -iacum ou -acum, d'origine gauloise, qui sert à former des noms de lieux, et l'on obtient par exemple « Cassiacum », qui, selon les lois de la phonétique, évolue en Chassy en français moderne.

Les noms à consonance religieuse sont apparu à l'époque médiévale.

De nombreuses appellations sont encore incertaines et nous nous sommes livrés à une petite recherche sans prétention :

ANOST

La première mention de ce lieu apparaît avec le nom « Annuleium » (anneau en gallo-romain). Ici le mot anneau peut faire référence au fait qu'Anost était à cette époque un nœud de communication entre Autun et diverses autres grandes villes comme Orléans . (mais cette remarque n'engage que nous!)

En 1138, dans le Cartulaire de Saint-Symphorien, on trouve alors le nom d' « Anuleio ».

En 1249, l'abbé Baudiau, historien et géographe, auteur d'ouvrages sur le Morvan. Cite »Anox» et « Anuleium », Jusqu'à la révolution, on écrira « Anoz ».

ANTULLY

En 1192, le nom « Antullie » apparaît dans un texte. En patois, on prononçait « Antuyé »

La racine pré-latine ANT fait référence à l'eau. Cela évoque peut-être les nombreux cours d'eau qui naissent sur le plateau calcaire d'Antully. Ce serait la même racine que pour Antheuil en Cote-d'Or où l'eau et les cascades sont un élément majeur du paysage.

ARNAY

Ce peut être le domaine d'Arnos,

L'ARROUX

« Aturavus », la rivière torrent, de « Atur » (rivière comme pour le fleuve Adour) et « awa » le torrent.

AUTUN

« Augustodunum », ville de l'empereur Auguste. Dunum pouvait avoir le sens de palissade, de ville fortifiée, Les Eduens ayant abandonné Bibracte pour créer cette nouvelle capitale, celle-ci va se développer très vite et se fortifier.

Entre le XVI° et le XVII° siècle, le nom de la ville s'écrivait « Authun ».

BARNAY

Il y a plusieurs pistes : la racine celtique « bar » (la montagne) ou le nom propre Baro, propriétaire des lieux. Ce peut être le village sur la montagne,

le BEUVRAY

C'est l'ancien Bibracte.

La piste du nom « bebero », castor.

LA BOULAYE

C'est une zone forestière où domine le bouleau comme la châtaigneraie.

BOURBON-LANCY

Le dieu gaulois Borvo était le dieu des sources thermales. A noter que tous les Bourbon de France ainsi que La Bourboule, sont des villes thermales. Comme pour le nom Bourbince (la boueuse), il y a l'idée de bouillonnement, La ville thermale figure sous le nom d'Aquae Bormonae sur la table de Peutinger (xiiie siècle)

Pour la distinguer des autres Bourbon, elle fut Bourbon l'Ancel d' « Ancellus » propriétaire d'un domaine. Bourbon-l'Ancy

Durant la Révolution, la ville devint Bellevue-les-Bains.

BRION

La racine «briva » le pont est à l'origine de nombreux Brion en France, tout comme pour Brienne.

Autre piste, la racine celtique « briga » (mont-forteresse)

LA CELLE-EN-MORVAN

Le nom latin « Cella » signifie retraite d'ermite, puis petit monastère. Saint-Merry s'y serait retiré effectivement. Au XIX° siècle, la commune s'appela La Selle-lès-Autun.

LA CHAPELLE-AU-MANS

A l'origine, les hameaux de la région étaient dispersés. Avec le développement du christianisme, la construction d'une église aida au développement des bourgs. On ne trouve pas de communes nommés Chapelle en Côte-d'Or où les hameaux étaient plus regroupés.

Mans viendrait de « mansu », ferme ou exploitation.

LA CHAPELLE-SOUS-UCHON

mêmes remarques que pour la Chapelle-au-Mans

CHARBONNAT

Les charbonniers produisant le charbon de bois sont sans doute à l'origine de ce toponyme. Au XIV° siècle, un document parle de "Carbonayum". 

CHASSY

La première occurrence du toponyme latin de Chassy est « Caciacum ». d'après le nom de son propriétaire, on pourrait en déduire que Cacius, Cattius ou Cassius fut l'un des premiers possesseurs d'un domaine à Chassy.

Mais pour d'autres toponymistes, la racine « kass » (terrain pierreux) donnant « Captiacus", Caciacus » nom signalé en 907, serait à exploiter. Chassy dans la Nièvre s'appela aussi « Cassiacum », Chécy dans le Loiret s'appela « Caciacus », ce qui nous fait plutôt pencher pour cette seconde solution.

Et pourquoi ne pas y voir le nom « cassinus », le chêne ? Ce serait alors le lieu où poussent les chênes,

CHISSEY-EN-MORVAN

Il peut s'agir de la terre de Cassius mais on ne peut négliger la racine « cass », (la pierre). Mais attention ! En celtique, « Chys » signifiait « forteresse ».

Le nom du village a ensuite évolué :

Chisseium, puis Chaissey (1260),Cessy (1270), Chaisseyo (1293), Chissiacus (1300), Chissey (1382),Chissey-en-Royauté (1757), Chissey-en-Duché , Chissey-en-Morvant (1783) .

CLESSY

la racine « clapp», (la pierre) est possible,

LA COMELLE

Le nom de La Comelle apparaît pour la première fois au XIe siècle sur un registre des bénéfices ecclésiastiques de l'évêché d'Autun sous la forme « Colomella », Ce terme, proche du latin Columella, petite colonne, pourrait évoquer un édifice antique aujourd'hui disparu. Cela pouvait aussi évoquer une borne routière ou militaire.

Une autre piste : le nom « Cumba » (combe) devenue « comme » en patois désignant une vallée,

CORDESSE

Ce peut être le domaine de Corditius, mais nous penserons surtout à la racine pré-latine « Cord ou Gord » qui aurait désigné une citadelle, On la retrouve dans Gourdon, Curdin, Cordes, Gordes,,,,

Au XI° siècle, on trouve trace de "Cobordussa".

CURDIN

Comme pour Cordesse, la racine « Cord » (la forteresse ou la hauteur) semble l'emporter sur un éventuel nom propre,

CURGY

Là aussi, il y a plusieurs hypothèses : soit c'était le domaine de Cuirvius, soit la racine « Corw » indique un village en hauteur. D'autres chercheurs s'arrêtent au mot « Curvus » qui signifiait « voûté ».

Au fil du temps, le village s'est aussi appelé Veredumdiacum (IX° siècle) et Vergonce puis Vergence (XIII° siècle), Un hameau se nomme encore aujourd'huiVergoncey ,

CUSSY-EN-MORVAN

C'est sans doute le domaine de Cussius. En 936, on trouve le nom de « Cociacum », puis « Cuceium » et « Cuce »

CUZY

C'est sans doute le domaine de Cusius. Au XI° siècle, on trouve le nom "Capciacus".


(à suivre)