Au bon vieux temps

01/07/2019

Au bon vieux temps des galvachers

Les charretiers morvandiaux qui partaient début mai de chaque année louer leurs services dans d'autres régions, ne se donnaient pas eux-mêmes le nom de "galvachers";

Ces entrepreneurs de charrois, arpentant avec leurs boeufs "rouges du Morvan" se rendaient dans ce qu'ils appelaient les "Pays-Bas", c'est à dire, le Loiret, le Berry, l'Allier, et même jusqu'en Beauce, Brie ou Picardie.

"Galvacher" est issu du mot berrichon "Galouage" qui qualifie le fait de courir les chemins. C'est donc un terme péjoratif avec même une nuance d'"étranger à la région".

Ces charretiers venaient exécuter de multiples tâches: 

- transport de bois vers les lieux d'utilisation ou d'expédition,

- transport de pierres de taille, de terre pour les remblais de routes ou du chemin de fer,

- transport de houille, de traverses,

- labours et transport de betteraves (surtout en Picardie).

- les plus jeunes, qui ne possédaient pas encore leurs propres boeufs, convoyaient aussi des troupeaux loués ou achetés par des agriculteurs des autres régions ou pour les bouchers parisiens.

Ces travaux étaient parfois prévus avec des contrats passés à l'avance, mais très souvent les galvachers se louaient aux exploitants qui les hélaient à leur passage.

Généralement vêtus d'un long manteau et d'un chapeau-coulemelle pouvant résister à tous les temps, les charretiers regagnaient le Morvan à la Saint-Martin (11 novembre), ramenant des produits des régions traversées. Ils rapportaient aussi un peu d'argent pour, la plupart du temps acheter une parcelle de terre, afin d'accroître le domaine cultivable sur lequel vivait toute la famille. Les plus fortunés d'entre-eux achetaient aussi d'autres boeufs, en vue de les louer à ceux qui n'avaient pas les moyens d'en posséder;

On dit que le galvacher partait autant pas goût de l'aventure que pas besoin de gagner de quoi vivre. D'ailleurs, le jour du départ, on organisait une petite fête.

Il est vrai que la vie de certains villages reculés du Morvan n'offraient ni grandes animations, ni grandes richesses agricoles. Mais, durant durant 7 mois de l'année, certains hameaux étaient vidés de tous leurs hommes valides. Les travaux de la ferme étaient laissés aux femmes, aux enfants ou aux vieillards.

On dit aussi que le jeune homme qui n'avait pas fait la "galvache" n'intéressait pas autant les jeunes filles que celui qui avait vécu cette aventure;

L'hiver venu, les hommes s'occupaient à réviser leur matériel: chars, harnais, jougs... Ils pouvaient aussi faire du débardage en forêt, acheminer des bûches sur les berges des rivières pour le flottage.

Ce système connut son apogée lors de la construction des voies ferroviaires, mais entre les deux guerres mondiales, l'activité déclina.

Aujourd'hui, les chauffeurs routiers ont remplacés nos charretiers, mais à Anost, la Maison des Galvachers, ouverte en 1994, fait revivre cette époque révolue. Les troupes folkloriques, comme par exemple Arpège, ont un répertoire de chants, contes et danses articulé autour de ce sujet.