14-18 - Les enseignants du Val-d'Arroux-Morvan ont payé un lourd tribut.

11/11/2020

Plus d'un million trois cent mille militaires sont décédés au cours de la Grande Guerre. A l'occasion de ce 11 novembre rendons leur hommage.

Parmi les nombreux corps de métiers anéantis par ce conflit, nous nous sommes intéressés aux enseignants nés ou ayant exercé en Val-d'Arroux-Morvan.

Les instituteurs ont payé un lourd tribu à cette guerre. Sur 34 480 enseignants mobilisés, 7 407 "instits"  sont morts. Grace à leur parfaite maîtrise de la langue française, ce qui était important au moment du combat, ils parvenaient généralement aux grades de sergent et de lieutenant, se retrouvant donc en première ligne lors des assauts.

Beaucoup ont quitté leurs élèves du jour au lendemain pour rejoindre le front. Certains, encore élèves-maîtres à l'Ecole Normale d'Instituteurs de Mâcon, n'ont pas connu le plaisir d'exercer le métier auquel ils se destinaient.

                                    Monument aux morts de Brion.

Ainsi, le village de Brion a perdu son instituteur. Pierre Eugène Daubard, né le 11 juillet 1880 à  Saint-Bonnet-de-Vieille-Vigne, fut élève de l'E.N. de Mâcon (promotion 1898-1901) et s'engagea pour 2 ans dans l'armée dès la fin de ses études.

En septembre 1903, il épousa Blanche Jaillet à Epinac, ville dans laquelle il décrocha son premier poste d'enseignant. En 1905, il rejoint une école d'Autun, puis il arrive à Brion en 1908.

C'est dans cette commune qu'il résidait lorsqu'il fut mobilisé le 9 septembre 1914. Incorporé au 134° Régiment d'Infanterie, il est nommé adjudant en octobre, puis sous-lieutenant et enfin lieutenant. 

Il meurt de ses blessures reçues face à l'ennemi le 14 octobre 1918 à La Veuve (Marne). Il avait 38 ans. Son nom est gravé sur le monument aux morts de Brion. 

                       Monument aux morts de Cussy-en-Morvan.

Henri Ernest Jeanneret est né le 21 décembre 1889 au bourg de Cussy-en-Morvan. Fils d'instituteur (son père Léon Jeanneret était alors en poste à Saint-Usuge, en Bresse) et d' Elisabeth Vieillard, il ne passe pas par l'Ecole Normale et après avoir rempli ses obligations militaires, il enseigne à Marcilly-les-Buxy dès 1912. Il est ensuite nommé à Couches-les-Mines.

Il avait épousé Annette Gadté, une demoiselle d'Etang-sur-Arroux et il était le père d'un garçon, le futur magistrat Armand Jeanneret.

Mobilisé le 3 août 1914, Henri Jeanneret, sergent, fut blessé le 20 août suivant à Gosselmingen. De retour au front, il fut tué le 10 avril 1915 lors des durs combats de Bois-d'Ailly dans la Marne. Son nom fugure sur le Monument auw morts de Cussy mais Aussi sur celui de Couches.

                           Monument aux morts de Couches-les-Mines.

Digoin fut la ville la plus touchée puisqu'elle perdit 3 instituteurs:

François Gevaudan était né à Digoin le 22 mai 1893 et après ses études à l'Ecole Normale de Mâcon (promotion 1910-1913) il eut le plaisir d'enseigner dans cette ville. Fils de Jean Gevaudan et de Marie Perret, il ne goûta hélas que peu de temps à ce plaisir. Mobilisé le 7 septembre 1914, il obtint de nombreuses citations notées sur son livret militaire. Segent-fourrier, il tomba malade. Il fut évacué le 18 avril 1918 à l'hôpital de Chalon-sur-Saône où il décéda le 5 décembre suivant.

Claude Brelaud était né à Saint-Yan le 18 février 1889. Après l'Ecole Normale (promotion 1905-1908) il enseigna à Digoin puis à Couches-les-Mines. Il avait épousé, le 16 août 1913 à Etang-sur-Arroux, Armande Théo.

Caporal au 6° régiment d'Infanterie, il meurt à l'hôpital de Regensburg (Ratisbonne) en Allemagne le 1er septembre 1914. Son nom est gravé sur le monument aux morts de Saint-Yan;

Claude Brigaud était Digoinais, né le 4 avril 1893. Normalien de 1910 à 1913, il enseigna quelques semaines à Beaubery. Fils de Jean Brigaud et de Marie Tain, il débuta le conflit mondial au rang de caporal télégraphiste puis sergent au 95° R.I.. Chef de peloton de la 2° compagnie des mitrailleuses de la 31° brigade, il devint ensuite lieutenant. Il décède le 17 mars 1917 à Thuizy (Marne) Il avait 24 ans.

Notons que celui qui le remplaça à l'école de Beaubery portait le nom prédestiné de Jean Saigne. Originaire d'Auvergne, il tomba lui aussi au combat le 30 mars 1918.

                     Monument aux Morts de la Grande-Verrière.

Eugène Bureau, né le 24 septembre 1899 aux Vernottes, à La Grande-Verrière, est l'un des plus jeunes membres du corps enseignants tombés à l'ennemi. Fils de Ferdinand Bureau et de Julie Pauchard, il est encore élève-maître à l'Ecole Normal de Mâcon (promotion 1916-1919) lorsqu'éclate le conflit. Il est incorporé le 15 mai 1918 dans l'artillerie de campagne, puis dans l'artillerie lourde. 

Il décédera des suites de ses blessures à Briare (Loiret) le 17 février 1919. Il avait 20 ans. Son nom figure sur le monument aux morts de la Grande-Verrière.

La Motte-Saint-Jean perdit aussi deux de ses enfants enseignants:

François Bidolet y était né le 6 septembre 1894. Il enseigna à Cronat. Fils de Pierre Bidolet, aubergiste, et de Louise Chevalier, il fut incorporé au 10° Régiment d'Infanterie le 1er septembre 1914. Il décède à l'hôpital d'Auxonne le 6 février 1915.

Claude Pothier, lui aussi Mottois de naissance (12 août 1899) fit ses études à l'Ecole Normale de Mâcon, promotion 1915-1918.. Sans avoir eut le temps d'enseigner, il s'engage le 28 janvier 1918. Fils de Jean Pothier, faïencier domicilié au Château, et de Fanny Carré, il décède à Saint-Quentin (Aisne) le 1er octobre 1918. Il avait 19 ans. 

Marius Antoine Gaudillère est né à Lucenay-l'Evêque le 13 janvier 1882. Il fut élève de l'Ecole Normale de Mâcon de 1898 à 1901. Fils de Jean Gaudillère, gendarme, et de Claudine Lefranc, il s'engagea dans l'armée dès la fin de ses études. Il enseigna à Montceau en 1902, puis à l'Ecole de l'Est à Chalon et enfin à Mâcon, dans le quartier de Saint-Clément.

Le 26 décembre 1912, il se marie à Paris. Le 3 août 1914, il est appelé au front. Il décède le 12 novembre 1914, des suites de ses blessures à l'hôpital de Commercy. Son nom figure sur le Monument au morts de Mâcon.


Neuvy-Grandchamp fut également touchée.

Tout d'abord, Valentin Chandioux, né au village le 1er novembre 1885, engagé volontaire après ses études à l'Ecole Normale de Mâcon (promotion 1901-1904), enseigna Aux Guerreaux. On le retrouve ensuite à Tournus puis à Alès (Gard) en 1913.

Fils de Joseph Chandioux et de Marie-Thérèse Cantat, il avait épousé Marthe Gagne le 9 août 1906 à Mâcon. Lieutenant au 87° R.I., il décède le 17 septembre 1916 à Belloy-en-Santerre (Somme)

François Bernard est né le 20 novembre 1893 au Creusot mais il enseigna à Neuvy après ses études à l'E.N. (promotion 1909-1912).

Il décède le 21 juin 1915 à Bural (Pas-de-Calais)

Roussillon-en-Morvan perdit 3 enseignants dans le conflit:

Antoine André, né le 6 mai 1894 à Paray-le-Monial enseigna à Roussillon. Elève de la promotion 1910-1913 de l'Ecole Normale de Mâcon, il fut incorporé le 7 septembre 1914 au 6° R.I. Il périt sous un éboulement provoqué par la chute d'un obus le 13 mai 1915 à Bois-d'Ailly (Marne) Son nom est inscrit sur le Monument aux morts de Paray.

Auguste Jeanneret, est né à Besançon le 22 mai 1892. Il enseigna à Roussillon dès sa sortie de l'Ecole Normale de Mâcon en 1911. Incorporé le 10 octobre 1913, il est toujours sous les drapeaux lorsque la guerre est déclarée. Sergent-fourrier, il est blessé à plusieurs reprises. Porté disparu le 28 mai 1918 près de Fismes (Marne), son corps est retrouvé quelques temps après et transféré au cimetière militaire de Saint-Gilles. Il s'était marié le 21 mai 1918, à Thurey avec Antonine Bonzon.

Jean Lexis, né à Paris le 21 mars 1892, fut orphelin et élève des hospices de la Seine. Elève-maître à l'Ecole Normale de Mâcon (promotion 1909-1912), il enseigna à Roussillon. S'étant engagé dans l'armée en 1912, il passe rapidement du grade de caporal à ceux de sergent, sergent-major et sous-lieutenant.

Il meurt le 14 juillet 1915 à Fraize dans les Vosges.

Sépulture de Jean-Baptiste Cognard à Sailly-Labourse.

Saint-Agnan perdit également 2 de ses enfants enseignants.

Jean-Baptiste Cognard est né à Saint-Agnan le 17 février 1884. En fait, il naît au domicile de sa grand-mère Mélanie Lardet veuve Cognard, son père étant tapissier à Saint-Martin d'Estreaux dans la Loire.  Il enseigne à Coublanc puis au Lycée de Montceau-les-Mines (1911). Il est incorporé au 256° R.I. le 4 août 1914. Il meurt de ses blessures le 20 octobre 1914 à Sailly-Labourse (Pas-de-Calais)

Emile Lallement est né le 6 mai 1885 à Saint-Agnan. Fils de Valentin Lallement, poseur de rails et de Anne Bernard, garde-barrières, il est élève-maître à l'Ecole Normale de Mâcon de 1901 à 1905. Engagé volontaire pour 2 ans, il enseigne ensuite à Buxy, Romenay, Charolles, Autun et Chiddes.

Affecté le 1er avril 1914 au 109° R.I. puis au 255° R.I.il est blessé le 29 septembre 1915 à Souchez. Il meurt le 28 juin 1917 à Avecourt dans la Marne. Son nom figure sur le Monument aux morts de Saint-Agnan.

Saint-Léger-sous-Beuvray eut à déplorer la mort de 2 de ses enseignants.

Emile Armand Jolivet est né le 19 octobre 1894 à Saint-Pierre-de-Varennes et il enseigna à Saint-Léger.

Incorporé le 8 septembre 1914, il sera sergent d'escadrille aérienne. C'est lors d'un combat aérien qu'il trouve la mort le 13 août 1948 à Billy (Meuse)

Georges Henri Marmillot est né à Moux (Nièvre) le 10 juillet 1895. Elève de l'Ecole Normale de Mâcon (promotion 1911-1914), il n'enseigna que quelques semaines à Saint-Léger avant d'être incorporé le 20 décembre 1914. Il décède à 20 ans, le 27 septembre 1915 à Beauséjour (Somme). Son nom est gravé sur le monument aux morts de Moux.

Antonin Tacnet est né à Saint-Prix le 1er août 1895. Il ne connaîtra pas le plaisir d'enseigner devant de jeunes élèves. Fils de Jean Tacnet et de Marie-Joséphine Desvignes, il sera incorporé au 158° R.I. avant la fin de ses études à l'Ecole Normale de Mâcon (promotion 1912-1915).

Il est porté disparu le 21 juin 1915 à Buval. Son nom est gravé sur une plaque commémorative à Albain-Saint-Nazaire à la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette où reposent 45 000 combattants,  ainsi que sur le monument aux morts de Saint-Prix.

Louis Laville, né le 20 avril 1892 à Toulon-sur-Arroux, fils de Jean-Marie Laville, exploitant agricole domicilié rue de Chalon, est aussi le frère de Jean Laville, futur maire de Gueugnon.

Elève-maître à l'Ecole Normale de Mâcon de 1908 à 1911, il enseigna à Gueugnon. Il est incorporé le 8 octobre 1913. Il est tué lors des terribles combats de Tahure, le 9 octobre 1915.

Tahure, après la première bataille de la Marne, fut anéanti et ne fut pas reconstruit. En 1950, la commune voisine de Sommepy prit de nom de Sommepy-Tahure pour perpétuer la mémoire du village disparu.

Le nom de Louis Laville figure sur le monument aux morts de Toulon et une plaque commémorative fut apposé le 9 octobre 2015 sur la façade de l'école dans laquelle il avait enseigné.

                              Monument aux morts de Toulon-sur-Arroux

Joannès Vessigaud, né le 2 juin 1891 à Fuissé, entra à l'Ecole Normale de Mâcon en 1908 et en sortit en 1911. Il enseigna à Uxeau. Incorporé le 1er octobre 1912 au 3° bataillon de chasseurs à pied, il meurt à Wischates en Belgique le 5 novembre 1914.