Visite guidée de l'Exposition Ernest Pignon-Ernest. (Gueugnon)

19/04/2018

Par Florence Le Maux:

En partenariat avec l'ARC Scène Nationale du Creusot, le Pôle Culturel de Gueugnon propose actuellement l'exposition "Ernest Pignon Ernest", dans le cadre du Printemps de l'Art. 

Celle-ci se tient au rez-de-chaussée du château-d'Aux du 18 avril au 4 mai et peut se visiter tous les jours de 15 H. à 18 H.

Ce mardi, la municipalité gueugnonnaise avait invité la population au vernissage de cette exposition. Durant 45 minutes, Florence Le Maux, plasticienne et médiatrice en arts plastiques, a fait découvrir les oeuvres qui font partie du fonds d'estampes de l'ARC, par une visite guidée des trois salles contenant chacune un thème différent. 

Parmi le public, on notait la présence du Maire, Monsieur Dominique Lotte, de Madame Nadia Laatar, adjointe en charge de la culture, ainsi que celle des conseillers municipaux Annick Laval, Chantal Lapalu et Michel Tchou, et des responsables du Pôle Culture de la ville.

Ernest Pignon Ernest est né à Nice en 1942. Enfant d'une famille modeste, il ne fit pas de longues études et dès 16 ans, il entre dans le monde du travail. C'est donc un autodidacte et c'est une rencontre avec la tableau de Pablo Picasso "Guarnica", découvert dans un Paris-Match, qui provoque chez lui un choc: il deviendra artiste ! 

Mais il veut "sortir du cadre", travailler autrement.

Ernest Pignon Ernest entretient un rapport particulier avec l'espace urbain. Sa volonté est de laisser une trace éphémère de son passage, irrécupérable par le «monde marchand». Dès 1970, il utilise l'espace public pour y créer des oeuvres conçues en relation avec le lieu et la mémoire populaire.

Ainsi, sur le tableau suivant, réalisé à Naples en 1988, plus de 17 siècles sont schématisés sur 7 mètres de mur, avec des références à l'Antiquité grecque, romaine, aux rites païens et chrétiens, au Moyen-Age, etc...

Visite de la première salle: Naples, le thème de la mort et celui des femmes:

"Spaccanapoli", (du nom d'une artère principale des plus animées du centre historique de Naples). ce sont des dessins originaux que l'artiste a offert aux Napolitains. Après deux ans d'immersion, il installe sur les murs de la cité, lors de la semaine sainte de 1988, ses créations faites à base de papier journal, inspirées d'oeuvres célèbres, inscrites dans la mémoire de Naples : le Caravage bien sûr ou encore la célèbre Piéta. Il travaille toujours de nuit.

De ses dessins, rendus à la pluie et à l'usure du temps, avant qu'il ne reste sur son passage que des lambeaux de papier jauni, il en garde la trace par la photographie. 

Ernest Pignon Ernest retournera à Naples en 1990, 1992 et 1995. Travaillant toujours en noir et blanc, avec des personnages à l'échelle humaine, il consacrera alors ses nouvelles oeuvres aux femmes napolitaines.

Seconde salle: les cabines téléphoniques:

En 1996, changement de supports ! Ce sont maintenant les parois lisses des cabines téléphoniques qui vont recevoir les travaux graphiques d'Ernest Pignon Ernest.

Il y met en lumière les humbles, les exclus de la vie, les sans domicile. Il donne à voir ce que l'on a pas envie de voir, des corps fragilisés, recroquevillés.

Certaines oeuvres seront rapidement enlevées par la maréchaussée, d'autres périront avec le temps. Mais si à Naples, il embauchait des photographes pour immortaliser ses travaux, désormais, il s'est aussi lancé dans la photographie !

Troisième salle: " Apartheid ":

BONUS : L'exposition sur le travail d'Ernest Pignon Ernest est complété par une série d'affiches intitulée «Apartheid», rassemblées depuis 1981 par l'association «Artistes du monde contre l'apartheid» à l'initiative des plasticiens Antonio Saura et Ernest Pignon Ernest. 

Leur but était d'offrir un jour peut-être ces réalisations au gouvernement sud-africain qui aurait fait disparaître l'apartheid... ce qui fut fait à l'arrivée de Nelson Mandela.

Au château d'Aux, on peut admirer des affiches de Tilson, Rebeyrolle, Arman, Lam, Vostell, Le Brocquy, Cremonini, Rochenberg, Lichtenstein, Jantjes, Lucebert, Le Parc, Saura et... Ernest Pignon Ernest.

C'est sous les applaudissements du public que Florence Le Maux acheva cette visite guidée, puis Nadia Laatar et Dominique Lotte prirent la parole pour se féliciter de cette collaboration avec l'ARC. Amener l'art et la culture dans nos territoires est possible, avec l'existence d'un lieu qui présente des conditions idéales pour ce genre d'événements: le château d'Aux. 

Tous deux se déclarèrent émus par l'ensemble de l'exposition, mais surtout par le troisième salle. En effet dans une commune dont une école se nomme Rosa Parks et dont une place porte le nom de Nelson Mandela, le thème de l'apartheid ne peut laisser indifférent.