Un conte d'hiver.

27/12/2021

 Il y a bien longtemps, dans un village du Morvan, l'hiver s'étendait sur les villages.

Dans l'un d'eux, une veuve avait deux filles : Lina, jolie et courageuse, Manon, paresseuse et laide, sa préférée. Lina faisait toutes les corvées.

Elle devait chaque jour aller s'asseoir près du puits et filer, filer, les doigts rougis par le froid. Un jour qu'elle avait terminé son labeur, la malheureuse jeune fille se pencha sur le puits pour se laver les mains et la quenouille tomba au fond du puits.

Mise au courant la marâtre lui cria :

- La quenouille est dans le puits ! Tu n'as qu'à la récupérer toi-même !»

La pauvre adolescente retourna près du puits et sauta au fond. En tombant elle s'évanouit,

Lorsqu'elle reprit ses sens, elle était dans une belle prairie. Elle arriva devant un four où les pains appelaient:

- Retire-nous ! Retire-nous ! Sinon, nous allons brûler, nous sommes déjà bien cuits et plus que cuits !»

Lina saisit la pelle du four et sortit les pains.

Elle arriva ensuite près d'un pommier chargé de pommes:

- Secoue-moi! Secoue-moi! Mes pommes sont toutes mûres!»

Alors elle secoua l'arbre et les pommes tombèrent, Elle les mit en tas et repartit.

Elle arriva près d'une petite maison où une vieille femme regardait par la fenêtre. La jeune fille voulut se sauver.

- Pourquoi t'effraies-tu ma chère enfant ?» lui dit la vieille femme. «Reste avec moi. Si tu fais bien ton travail, si tu me tiens la maison propre, tout n'en n'ira que mieux pour toi. Surtout, tu dois veiller à bien faire mon lit et secouer l'édredon pour faire voler les plumes, car alors, il neige sur le monde. Je suis Dame Hiver.»

La jeune fille accepta, s'acquittant de sa tâche avec brio. En retour, elle menait une vie agréable. Quand elle fut restée longtemps chez Dame Hiver, elle eut le mal du pays.

- Il me plaît que tu aies envie de renter chez toi,» déclara Dame Hiver, «et puisque tu m'as servie si fidèlement, je vais te ramener moi-même.»

Elle prit Lina par la main, la conduisit jusque devant un grand portail. Au moment où la jeune fille allait le franchir, une pluie d'or tomba sur elle, dense et drue.

- C'est ce que je te donne pour avoir été si courageuse dans ton travail,» lui dit Dame Hiver, en lui tendant aussi la quenouille perdue au fond du puits.

Lina arriva chez sa mère, et là, couverte de tant d'or, elle reçut bon accueil.
La jeune fille raconta son aventure et la mère décida de faire vivre la même histoire à sa fille laide et préférée,  Manon.

Celle-ci jeta une quenouille dans le puits, y sauta et se retrouva dans la même prairie et emprunta le même chemin.

A l'appel des pains, paresseuse passa son chemin. A l'appel des pommes, elle ne se retourna même pas.

Arrivée chez Dame Hiver, celle-ci lui fit les mêmes propositions : 

- Reste avec moi. Si tu fais bien ton travail, si tu me tiens la maison propre, tout n'en n'ira que mieux pour toi. Surtout, tu dois veiller à bien faire mon lit et secouer l'édredon pour faire voler les plumes, car alors, il neige sur le monde. Je suis Dame Hiver.»

Après un premier jour de zèle, le deuxième jour, Manon paressa et traîna, A partir du troisième, elle ne voulut même pas se lever.

Dame Hiver ne tarda pas à se lasser et lui donna congé.

La fille paresseuse s'en montra ravie. Passant sous la grand-porte, elle fit halte et attendit sa récompense, mais au lieu de l'or, ce fut une pluie de lisier qui lui tomba dessus.

Cette histoire a une une morale dans le haut pays : « Il ne faut jamais mépriser l'hiver... »