Un conte de Noël

24/12/2021

Une nuit de Noël

Oui, bien que cela paraisse étrange, invraissemblable, il ne neigeat pas. Et cependant, c'était la nuit de Noël ! 

Presque tous les contes de Noël commencent (c'est la tradition) par "La neige couvrait la terre de son blanc manteau" ou bien, "La neige tombait à gros flocons..." Et bien, que voulez-vous, ce soir-là, il ne neigeait pas !

Le décor : des oliviers qui frémissent de toutes leurs branches, des oliviers crispés, tordus, noueux, ancrés dans les rocailles.

Et le vent qui mugit. Une maison toute petite, petite et pauvre, toute blanche parmi les oliviers. Ses fenêtres sont comme deux yeux clignotants sur un océan de mystères.

Un vieux vagabond aperçoit ces deux yeux qui le brûlent : une maison !

Jamais peut-être comme en ce soir, il n'a senti aussi douloureusement peser sa solitude. Un foyer ! Comme cela doit être bon, avec son âtre qui crépite.

Il s'approche, hésitant. Il tremble de froid et de crainte. Il hésite. Est-ce qu'il osera toquer ? Il saurait se faire si petit si l'on voulait bien lui donner asile pour cette nuit, rien que pour cette nuit de Noël.

La porte s'ouvre brusquement et la lueur rougeoyante qui fuse des sarments aveugle le pauvre homme. Puis, une voix rude s'inquiète : "Que faites-vous là ?"

Et le vieux, confus, baisse la tête sans mot dire.

Quand il la relève, il est assis devant la cheminée. Comment est-il entré ? Il s'est senti poussé par une main rude mais hospitalière, et maintenant, il sent des larmes de reconnaissance monter à ses yeux.

" Dis, maman, c'est le Père Noël ?" demande ensemble deux petites têtes blondes jaillies de leur chambre, deux enfants que le bruit de la porte a réveillés. Cette question fait sourire les parents et le vieux vagabond, ému par la fraîcheur de ces voix.

Il est vrai qu'avec son sac, ses gros souliers, son bâton et sa barbe surtout, sa longue barbe blanche, il a des airs de Père Noël !

Jouer le Père Noël. Quel rôle !

Alors qu'il repose sur la table son assiette vide, toute fumante encore de la bonne soupe qu'il vient d'avaler, il regarde d'un oeil attendri la famille qui l'entoure.

Le vent s'acharne contre la porte. Noël ! nuit chère aux petits enfants.

Mais il a les mains vides. Les parents aussi d'ailleurs. Les enfants contemplent, muets de ravissement, le Père Noël, qui, pour eux, arrive tout droit du ciel.

Le vieux loqueteux ne voudrait pas détruire le rêve innocent de ces petits. Alors, toussant un peu pour se donner une contenance, il dit :

" Il y a plus d'un mois que je suis en route. Mes souliers sont usés d'avoir tant marché.

- Dis, Père Noël, ce sont des jouets qu'il y a dans ton gros sac ?

- Hélas, mes pauvres mignons, non ! Ce ne sont pas des jouets. Imaginez-vous que, l'autre soir, pendant que je dormais, on m'a emporté mon grand sac plein de cadeaux et on m'a mis cette vieille besace bourrée de vieux chiffons à la place. J'étais furieux !

- Oh, c'est un méchant, celui qui t'a volé ton sac. Il n'aime pas les enfants et Dieu le punira. Mais cela ne fait rien, Père Noël, on est contents puisque tu es venu nous voir.

- Ah, si j'avais pu l'attraper ....

- Alors raconte-nous une histoire. Tu dois en savoir de belles !

- Si j'en sais ? Parbleu ! Qu'est-ce que vous voulez que je vous raconte ?

- Oh ! n'importe quoi, pourvu que ce soit beau.

- Eh bien, voilà. Figurez-vous qu'il était une fois .......

Les deux enfants sont suspendus à ses lèvres, fascinés. Pensez donc ! Une belle histoire contée par le Père Noël en personne, cela vaut bien les plus beaux joujoux du monde.

Et le vieil homme raconte, raconte. Mais peu à peu, on dirait que sa voix va s'éteindre. Il balbutie encore une ou deux phrases, puis, plus rien... il s'est assoupi.

Minuit ! La vieille horloge halète douze coups dans le silence de la pauvre maison. Dans l'âtre, les sarments se sont affaissés dans les cendres.

" Au lit ! mes chéris" dit alors la mère. Eux, regardent obstinément le Père Noël endormi. Puis, dociles, ils se laissent emporter. Les paroles magiques chantent encore à leurs oreilles et berceront cette nuit leur sommeil.

" Laisse dormir Papa Noël, il est si fatigué d'avoir tant marché !"

Assis au coin du feu, la tête inclinée sur sa barbe blanche, les mains nouées autour de son bâton qui ne le quitte jamais, le bon vieux dort paisiblement. Dieu l'a pris en pitié, cette nuit-là.

Demain, sans doute, il reprendra sa course aventureuse. Mais, cette nuit, il dort !