Redécouvrons: le pont du Diable à Toulon-sur-Arroux.

18/05/2019

Légendes et réalité:

Le pont du Diable à Toulon-sur-Arroux est, semble-t-il le pont le plus ancien du Charolais historique.

Depuis l'époque la plus reculée et jusqu'au XII° siècle, les traversées de rivières s'effectuaient par des gués souvent naturels. Bien sûr, en période de crues, les échanges allant d'une rive à l'autre devenaient problématiques.

Or, Toulon était depuis toujours un lieu de passage incontournable entre la Nièvre et le Charolais. (Jules César ne nous contredira pas, pas plus que Mandrin d'ailleurs!)

Vers 1140, les autorités locales prirent la décision de bâtir un pont sur l'Arroux et face à la force des crues soudaines de la rivière, il fallait qu'il soit de pierres. Il possédera 13 arches sur ses 140 mètres de longueur.

Dès lors, il servira de lien entre les régions, mais aussi de protection contre les envahisseurs du nord-ouest du Charolais. Très longtemps, frontière entre la seigneurie de l'abbaye de Cluny et les terres des seigneurs de Montmort, il fallait payer des droits de passage.

Le pont a été réaménagé à la fin du XIXè siècle.

Mais pourquoi cet intitulé : « Pont du Diable » ?

Des ponts du Diable, ils y en a une multitude à travers la France et même l'Europe. Et chacun d'eux possède une légende dans laquelle soit le Malin est le constructeur de l'édifice, soit son aide fut demandée mais quelquesfois aussi le pont fut construit contre son désir. Ce sont souvent de magnifiques réussites technologiques.

La légende du pont de Toulon-sur-Arroux est ainsi rapportée :

« Les notables de Toulon, réunis un soir d'hiver, décidèrent de faire construire un grand et beau pont de pierre qu'on inaugurerait le jour de la fête de Pâques.

On procédait alors à peu près comme aujourd'hui, et plusieurs concurrents briguaient l'adjudication des travaux. Or, si le prix proposé paraissait rémunérateur, les conditions étaient dures. L'une d'elles notamment fixait, pour l'achèvement du pont, un délai très court. L'inexécution de cette dernière clause entraînait une retenue de la moitié du paiement.

Effrayés par ces exigences, les entrepreneurs d'alentour s'étaient retirés les uns après les autres, peu désireux de risquer la ruine de leur entreprise pour une recette peut-être illusoire.

Un jour, survint à Toulon une sorte d'aventurier, maître maçon ambulant, comme il s'en trouvait au Moyen Age, habile de son métier, et confiant en son expérience. D'où venait-il ? Du Nord, croit-on. Il était accompagné d'une gracieuse enfant, sa fille, à qui de grands yeux bleus dans un visage pâle auréolé de cheveux d'or donnaient un charme indéfinissable.

A peine arrivé, le maçon apprend qu'un pont est à construire, examine les charges imposées, et, plus audacieux que ses confrères, prend l'engagement de livrer le travail en temps voulu. Il se met à l'œuvre, engage ses ouvriers et pousse activement les travaux.

L'homme travailla d'arrache-pied et il ne manquait, la vieille de Pâques, que la clé de voûte. Le maçon la voulait forte et d'un seul bloc ; mais on ne trouva dans le voisinage aucune pierre qui convînt.

L'entrepreneur se désespérait. Aussitôt, le Diable apparut et lui proposa :

  • La clé de voûte sera en place demain matin avant le chant du coq, mais tu me donneras ta fille ! Puis, de sa voix tantôt rauque, tantôt glapissante : « Je vois d'ici, parmi les roches d'Uchon, la pierre qui, sans équarrissage, sera ta clé de voûte. Demain je te l'apporterai avant l'aurore. »

L'entrepreneur hésita puis finalement accepta ; or sa fille avait entendu la conversation et elle se rendit aussitôt prêt de son amoureux. La belle enfant nourrissait en son cœur l'amour le plus chaste pour un brave garçon qui secondait son père avec intelligence. Le jeune homme, épris de ses charmes lui avait demandé sa main et tous deux, fiancés désormais, n'attendaient que l'achèvement de l'entreprise pour obtenir le consentement paternel.

Le jeune homme eut l'idée de capturer un coq dans une ferme avoisinante. Au moment où le diable se saisissait de la fameuse pierre d'Uchon, il libéra le volatile qui se mit à chanter comme un damné. Furieux, ayant trahi sa promesse, le Diable échappa son fardeau, griffant la roche et donnant naissance à une autre légende, celle de la Griffe du Diable.

Une autre histoire, tout aussi légendaire, prétend qu'il fut construit par le seigneur du lieu ( il y avait un château sur la rive Est ) pour que sa belle, originaire de l'autre rive, puisse traverser la rivière sans devoir monter à cheval pour franchir le gué et révéler ainsi son pied-bot !

En attendant, depuis 878 ans, grâce à cet édifice, on passe la rivière à pied sec !

Seul inconvénient, chaque année environ deux tonnes d'embâcles sont retirées de la rivière, sous le pont du Diable, troncs d'arbres et divers matériaux charriés par l'Arroux et bloqués par les arches. Ces travaux sont commandités par le Syndicat intercommunal d'étude et d'aménagement de l'Arroux (Sinéta). Ces travaux causent quelques problèmes de circulation.