Une page de l'histoire du Morvan

07/12/2017

La grande épidémie de diphtérie (1840-1844)

L'épidémie de diphtérie qui ravagea une partie de la population de l'Autunois - Morvan au milieu du XIX° siècle, présente encore un côté mystérieux quant à ses origines.

En 1840, après une sécheresse excessive durant l'été, suivie d'un automne très humide, la maladie apparut à Anost, de façon assez bénigne, puis se propagea à Roussillon-en-Morvan en novembre et à Saint-Prix.

Les médecins l'appelaient de plusieurs noms: diphtéropathie - stomatite pseudomembraneuse - angine couenneuse - croup - ou encore diphtérie cutanée. Les avis divergeaient sur sa nature et ses origines. Toujours est-il, que prenant de la vigueur et de l'ampleur, cette épidémie fera de 1840 à 1844, 548 malades dont 57 périront.

En 1841, septembre connut des températures élevées et la maladie de façon plus dévastatrice arriva à La Rochemillay, Millay puis Poil en novembre.

Les symptomes, chez la grande majorité des malades, étaient des atteintes à la cavité buccale, sous formes de taches blanches douloureuses, une haleine fétide et des ganglions sous-maxilaires engorgés et sensibles au toucher. Les gencives et la langue étaient attaquées dans un deuxième temps et le malade salivait énormément. Bronchites et pneumonies, parmi les cas aigus, conduisaient à une issue fatale.

En juillet 1842, l'épidémie arriva à Thil-sur-Arroux, à Charbonnat, puis commença à descendre la vallée de l'Arroux vers Toulon. Mais en octobre, elle fit subitement demi-tour, passant rapidement par Etang-sur-Arroux et La Comelle avant de refaire son apparition à Thil et de poursuivre son chemin vers Saint-Didier-sur-Arroux. Elle atteignit alors le sommet de sa virulence.

Elle faiblit nettement en arrivant à la Tagnière et ce qui demeure un mystère, c'est que Saint-Nizier-sur-Arroux, pourtant situé au coeur de la zone touchée, fut totalement épargné par le fléau.

Si l'on veut tracer un tableau des cas de malades signalés et du nombre de décès dus à la maladie, on s'aperçoit que c'est Saint-Didier-sur-Arroux qui a payé le plus lourd tribut. Forte de 807 habitants, la commune compta 292 malades (37% de la population) et déplora 29 morts.

Suit Thil-sur-Arroux (459 habitants, 77 malades (16%) et 14 décès)

Suite du sinistre palmarès:

Etang-sur-Arroux (988 h., 68 m. 5 d), Charbonnat (980 h, 44 m., 3 d.), Poil (730 h., 23 m, 1 d.), La Comelle (752, 12, 2), Millay (628, 18, 1), La Tagnière (887, 12, 2) et La Rochemillay (1280, 1, 0)

Partout, des animaux furent atteints et surtout des porcs.

Après de tels ravages, les médecins et les autorités locales cherchèrent à découvrir le pourquoi d'une telle épidémie. De nombreuses hypothèses furent avancées:

- la maladie apparut après deux périodes canicule-humidité, ainsi que de variations de températures importantes (+ 33, - 16 en 1840)

- de même des périodes de grands vents de Nord puis de Sud alternèrent à plusieurs reprises. Or, si Saint-Didier et Thil ont des climats réputés pour leur salubrité, ils sont moins protégés du vent que La Comelle ou Etang.

- les nombreux ruisseaux affluents de l'Arroux lui occasionnent des crues importantes à la fonte des neiges. Après les crues, de grandes flaques se forment dans lesquelles l'eau croupit. Cependant, Etang, au sol très humide ne fut pas la commune la plus touchée. Et pourquoi St-Nizier fut épargné ?

En fait, il semblerait que cette épidémie soit le résultat d'un conjoncture de phénomènes climatiques mais aussi humains:

- une habitude de la population du secteur consistait à vider régulièrement les nombreux étangs. Ceux-ci, pourtant alimentés par des sources l'eau d'une grande pureté, finissaient, une fois vidés par provoquer des effets pernicieux sur la santé de leurs riverains, vu les émanations miasmiques qui s'échappaient à ce moment-là.

- l'insalubrité des habitations, où s'accumulaient généralement plusieurs générations d'une même famille, fut certainement un facteur déclancheur. Mauvaise hygiène corporelle, mauvaise alimentation, manque d'aération des pièces, manque de luminosité firent le reste. Et puis n'oublions pas que les propriétés possédaient la plupart du temps une mare d'eau stagnante avoisinant avec un énorme tas de fumier.

En 1843, l'épidémie de diphtérie entra même en concurrence avec une période de fièvres typhoïdes heureusement peu virulente, mais qui atteint cependant un quart de la population rurale. Une attaque grippale fut aussi signalée !.

Pour terminer, notons qu'il n'y eu aucun décès du à l'épidémie en 1840, il y en eut 2 en 1841, 38 en 1942 (canicule), 17 en 1943 (humidité constante) et aucun en 1944. La maladie disparut en fin d'hiver.