Un 25 août à Autun

25/08/2017

Ouverture du tombeau de Brunehaut (1632)

Brunehaut est la fille du roi Wisigoth (d'Espagne) Athanagild, qui l'offre pour épouse au roi franc Sigebert, roi d'Austrasie dont la capitale est Reims (567). C' est un descendant de Clovis.

Après l'assassinat de sa sœur Galswinthe (568), femme de son beau-frère Chilpéric Ier, Brunehaut favorisa la guerre contre la Neustrie.

Sigebert ayant été assassiné à son tour (575), Brunehaut gouverna l' Austrasie au nom de son fils Childebert II encore enfant. Alliée à Gontran, roi de Bourgogne, elle repoussa les attaques de Frédégonde et fit conclure le traité d' Andelot (587), qui assurait l'héritage de la Bourgogne à Childebert II. La mort de ce prince (595) lui donna la régence des royaumes d'Austrasie et de Bourgogne (595-613), qu'elle exerça au nom de ses petits-fils Thibert II et Rhierry II.

Sa politique autoritaire lassa les aristocraties austrasienne et bourguignonne, qui se rallièrent à Clothaire II, roi de Neustrie (613).

Clotaire II éprouvait une haine violente à l'égard de Brunehaut. Celle-ci, abandonnée par ses armées, s'enfuit dans le Jura suisse, où elle est rejointe par le connétable de l'armée de Neustrie, Herpon qui l'arrête et la livre à Clotaire.

Lorsqu'elle fut en sa possession, le roi lui reprocha d'avoir causé la mort de dix rois francs:

  • Sigebert (son premier époux)

  • Mérovée (fils de Chilpéric Ier, assassiné sur ordre de Frédégonde)

  • Chilpéric (tué au retour d'une partie de chasse)

  • Théodebert II et son fils Clotaire

  • Mérovée, fils de Clotaire II,

  • Thierry et ses trois fils (Thierry est mort de dysenterie, quant à ses fils, ils ont été massacrés sur ordre de Clotaire II).

    Brunehaut fut alors suppliciée après un semblant de procès aucours duquel elle ne put se défendre.

Difficile de faire châtiment plus violent et plus sauvage. Orchestré par Clotaire II, soutenu par une partie de la noblesse d'Austrasie qui avait tout à perdre de la réunion des trois royaumes que leur reine souhaitait de longue date, ce fut un véritable massacre !

La reine d'Austrasie, âgée de 63 ans, est condamnée à la «déchéance et à la mort». Pendant trois jours, on lui infligea divers tourments « dont on ne meurt pas ». On la dépouille de ses vêtements royaux et elle subit trois longs jours durant des tortures atroces auxquelles les témoins révèlent qu'elle oppose un silence farouche et déterminé. Puis elle est promenée, nue et ensanglantée, au milieu de l'armée de Clotaire, hissée sur un chameau.

Pour en finir, Clotaire use des grands moyens et fait approcher sa victime d'un cheval fougueux et indompté. On attache ses cheveux et un de ses pieds à la queue de la bête. Un coup de lance sur la croupe, l'animal s'élance. Le corps de Brunehaut est littéralement déchiqueté par les ruades de l'équidé. Cet avilissement, ce non-respect du corps de cette femme est sans doute un message adressé à la postérité: elle n'était qu'une usurpatrice, une criminelle. Elle devait être traitée comme telle.

Et cela ne suffisant apparemment pas, Clotaire décide de brûler le cadavre et de ne lui accorder aucune sépulture. Cependant, Brunehaut fut enterrée à l'Abbaye de Saint-Martin d'Autun, qu'elle avait fondée. Elle reposait sous le grand autel à l'entrée de la chapelle Notre-Dame .

(les petites images des chocolats de toutes marques étaient sources de savoirs pour les chères têtes blondes de l'époque !)

Mais comme si tous les malheurs de la reine n'avaient pas été suffisants, les Normands dévastèrent l'abbaye au VIII° siècle, ne laissant que des ruines. Le tombeau de Brunehaut fut déplacé en haut de l'aile de l'église, contre la muraille.

En 1462, le cardinal Rollin fit orner ce tombeau d'un arc.

Pour être bien certain qu'il s'agissait bien des restes de Brunehaut, l'abbé de Castille, qui possédait les lieux fit ouvrir ce tombeau le 25 août 1632. Un procès verbal fut établi. On y découvrit un cerceuil de plomb avec à l'intérieur, des cendres, des ossements et des morceaux de charbons, ainsi qu'un molette d'éperon. Etant convaincus qu'il s'agissait bien là des restes de la reine, le tombeau fut refermé.

Deux questions se posent après ce procès verbal :

Pourquoi une molette d'éperon ?

Le supplice qui consistait à traîner le condamné derrière un cheval était assez souvent appliqué à cette époque. On ajoutait des éperons aux flancs de l'animal afin que lors de ses mouvements, ils se piquent dans sa chair et le rendent furieux. Une molette a pu se détacher et tomber dans les habits de Brunehaut ou s'enfoncer dans sa peau. (ce qui contredirait les peintures qui furent faites à diverses époques de cet événement, sur lesquelles on la représente nue.). Son corps ayant été jeté au feu, cette molette fut ramassée parmi les cendres, os et charbons, et mise dans le tombeau.

Pourquoi un cercueil de plomb ?

A l'époque de la mort de Brunehaut, on n'utilisait pas de cercueil en plomb. Les historiens qui se sont penchés sur ce mystère ont conclu que, en 1462, le cardinal Rollin a sans doute voulu lui aussi inspecter les restes de Brunehaut. Il a orné le tombeau, ajouté l'épithaphe écrite en Français :

« Brunehaut fut jadis royne de France

Fondateresse de Saint lieu de céans

Cy inhumée en six cent quatorze ans

En attendant de Dieu vraye indulgence »

Il aurait replacé les restes de la reine dans un cercueil de plomb.