Un 19 août à Paray

19/08/2017

Naissance de "Fatalitas" (Emile Buisson) 1902

 Émile Buisson est né le 19 août 1902 à Paray-le-Monial. Il connaît une enfance difficile à Toulon-sur-Arroux avec un père, alcoolique notoire, dont la réputation de « dur » doublé d'un mauvais payeur effraie commerçants et logeur. Il a un frère aîné Jean-Baptiste né en 1895 et trois sœurs qui, sur ordre de leur père, doivent voler dans les fermes et les caves du village.

Sa mère née Reine Baluriaut décède vers 1911 et le père sombre dans un alcoolisme permanent. Aussi, Emile est confié à une grand-mère qui baissa vite les bras et sa sœur aînée en vint à se prostituer pour subvenir aux besoins de la famille.

Déjà emprisonné à l'âge de seize ans pour de simples vols à la tire et pour détention d'arme, Emile collectionne en compagnie de son frère Jean-Baptiste des condamnations pour divers méfaits.

Appelé pour le service militaire, Émile est envoyé en raison de ses antécédents, dans l'infanterie coloniale au Maroc où il fait le coup de feu contre Abd el-Krim à Ouezzan. Blessé, il est décoré, pensionné et titulaire du cor de chasse, insigne qui distingue le meilleur tireur du régiment.

De retour à la vie civile, il reprend avec Jean-Baptiste les braquages. En 1931, poursuivit par la justice, les frères Buisson s'exilent à Shanghai, ville où ils passent cinq ans et ouvrent une « maison close ».

De retour en France, Émile Buisson renoue avec le crime. Il compte à son actif de nombreux braquages. Le fameux hold-up de l'agence du Crédit lyonnais de Troyes le 29 décembre 1937 dans lequel il vole 1,8 millions de francs conduit cependant à son arrestation le 6 avril 1938 dans un hôtel de Lille. Profitant de l'exode en 1940, Buisson réussit à s'évader durant un transfert.

Émile Buisson rejoint le groupe du contre-espionnage français du commissaire Blémant. Le 24 février 1941, en compagnie notamment d'Abel Danos, Joseph Rocca-Serra et Jean-Michel Chave, il participe au braquage des encaisseurs du CIC, rue Taitbout, à Paris, au cours duquel l'un des convoyeurs est tué.

En 1941, il est interpellé sous un faux nom par la Feldgendarmerie qui le remet à la police française. Le 13 mai 1943, il est condamné par la cour d'assises de l'Aube aux travaux forcés à perpétuité pour le hold-up de Troyes. Il est transféré à la Santé en 1945. Il feint d'être atteint de graves troubles psychiatriques et il est interné à l'hôpital psychiatrique pénitentiaire de Villejuif. Le 19 juin 1947, il tente une première évasion de Villejuif avec René Girier dit "René la Canne" mais Marinette (épouse de ce dernier) est trouvée porteur d'un pistolet à barillet 6,35 mm, chargé de cinq balles. L'évasion en compagnie de Girier aura finalement bien lieu le 3 septembre 1947.

Emile Buisson était affublé du surnom de « Fatalitas » car, au fil des années, tous ceux qui ont coopéré avec lui ont été incarcérés ou abattus (souvent par Buisson lui-même qui, au moindre doute exécutait ses partenaires.) Les policiers qui le rencontraient le décrivaient comme "un petit homme brun au regard perçant qui vous glace".

Suite à une brouille avec son frère, Emile va rejoindre Francis Guillo (P'tit Francis) avec lequel il va multiplier les coups. Les complices des deux hommes se nomment Henri Ribot, Désiré Polledri et Maurice Yves dit « le Poissonnier ». Pendant deux ans, la bande vit au rythme de braquages et vols en tout genre. On notera notamment ceux de plusieurs PMU, de diverses banques ou encore d’une usine à Aubervilliers. Emile Buisson, bien renseigné ou simplement prudent, échappe toujours aux descentes de police. 

Tout s’arrêtera en 1949, lorsque "Monsieur Emile" abat Polledri. Mobile du crime : la victime à travailler en solo, qui plus est, sans partager. Quant a Francis Guillo, il sera arrêté en Janvier 1949 à Issy-lès-Moulineaux à la suite du contrôle de la voiture dans laquelle il se trouvait. Lors de ce contrôle, Francis ira jusqu’à blessé trois policiers. Immédiatement incarcéré, il ne tardera pas à faire une grosse gaffe. En effet, il transmettra à un voisin de cellule une lettre destinée à Emile Buisson. Manque de chance, le petit truand, avant de faire transiter la lettre de manière à ce qu’elle parvienne au destinataire, passe par la Sûreté Générale. Cela provoque la chute d’Emile.

Le commissaire Charles Chenevier, qui avait fait de l'arrestation de Buisson une affaire personnelle, avait confié le dossier à un jeune policier, l'inspecteur Roger Borniche qui infiltre le milieu et finit par capturer Buisson le 10 juin 1950 dans un restaurant, « La Mère Odue », située sur la RN 13 à Claville dans l'Eure Cette fois, le caïd ne parviendra pas à s’échapper

Trois ans d'instruction judiciaire seront nécessaires pour éclaircir les 36 meurtres et agressions attribués au gang de Buisson. Après avoir été condamné à la perpétuité, puis à mort, Buisson sera finalement guillotiné le 28 février 1956 à Paris,

Son frère Jean-Baptiste, né le 20 avril 1895 à Digoin, a lui aussi connu un parcours tumultueux : bagne pour enfants d'Aniane (1911), évasion, croix de guerre pour bravoure en 1917, désertion, travaux forcés en Algérie, prison, meurtre, exil en Chine,, trafic de drogue, metre encore, prison jusqu'à sa libération à 74 ans.