Un 10 octobre à Autun.

10/10/2017

Naissance d'Ernest Pinard, à Autun (1822)

Pierre Ernest Pinard est né, rue Saint-Antoine à Autun, le 10 octobre 1822. Il était le fils d'Henry Louis Laurent Pinard, avocat à Autun, et de Marie Françoise Guillot.

Très tôt orphelin de père, il est élevé par sa mère qui lui donne une solide éducation catholique. Il entre tout d'abord au petit séminaire d'Autun puis au collège Stanislas à Paris, pour y faire des études de philosophie.

Il suit ensuite les cours de la faculté de droit de Paris tout en allant régulièrement au Collège de France et à la Sorbonne pour y écouter de brillants conférenciers, notamment l'abbé Dupanloup qui lui fait forte impression. Très pieux, il se rend d'ailleurs chaque dimanche à l'église Notre-Dame pour y écouter les prêches d'Henri Lacordaire.

Docteur en droit (1846), il s'inscrit au barreau de Paris comme avocat et commence à s'intéresser à la politique. Il soutient la Révolution de 1848. Il décide alors de quitter son métier d'avocat et d'entrer dans la magistrature. Sur les conseils de son oncle, Oscar Pinard, il choisit de devenir procureur.

Il est d'abord nommé substitut du procureur de la République à Tonnerre (1849). Il y fait preuve d'une grande rigueur, notamment pendant l'épidémie de choléra qui décime la ville. Rallié à Louis-Napoléon Bonaparte, il devient successivement substitut à Troyes (1851), substitut du procureur impérial à Reims (1852) et enfin substitut au Parquet de la Seine (1853). C'est là que le « procureur impérial » va se faire connaître pour sa participation aux grands procès littéraires du début du Second Empire.

Le premier concerne Gustave Flaubert poursuivi pour un roman jugé licencieux : Madame Bovary. Lors du procès qui s'ouvre le 31 janvier 1857, Pinard impute au romancier les pensées de son personnage, à savoir l'adultère. Malgré un brillant réquisitoire, il ne peut faire condamner Flaubert qui est blâmé mais relaxé, notamment grâce à la plaidoirie flamboyante de son avocat Antoine Sénard. Gustave Flaubert en gardera pourtant envers Ernest Pinard rancune à vie.

À peine le procès de Flaubert est-il terminé qu'il se voit confier la tâche de requérir contre Charles Baudelaire. Celui-ci vient en effet de faire paraître Les Fleurs du mal, recueil de poèmes considérés comme « un défi jeté aux lois qui protègent la religion et la morale ». Il a cette fois-ci plus de chance puisque Baudelaire est condamné à 300 francs d'amende et certains poèmes sont interdits de publication (ils le resteront jusqu'à ce que le jugement soit cassé en 1949).

Il s'attaque ensuite à Eugène Sue qui fait paraître depuis plusieurs années une œuvre monumentale : Les Mystères du peuple, histoire d'une famille de prolétaires à travers les âges. Malgré la mort de Sue, le procès continue et il obtient la condamnation de l'éditeur et de l'imprimeur.

En récompense de ses services, il est décoré de la Légion d'honneur (1858) puis promu procureur général près la cour d'appel de Douai (1861).

Remarqué par Napoléon III, il est nommé au Conseil d'État (1866) dont la principale fonction est la rédaction des projets de loi qui sont soumis à l'empereur avant discussion devant le Corps législatif. Il participe notamment à la rédaction de la loi sur la liberté de la presse .

Se rapprochant du premier cercle de l'empereur, il est nommé, malgré son manque d'expérience politique, ministre de l'Intérieur (14 novembre 1867). Il est, en particulier, chargé de défendre devant les Chambres une nouvelle loi sur la presse à l'élaboration de laquelle il a lui-même participé. Pendant son séjour Place Beauvau, il fait preuve du plus grand des sectarismes. Il s'oppose à l'érection sur une place publique d'une statue de Voltaire, auteur qu'il juge impie. Enfin, croyant à un vaste complot et craignant une émeute, il mobilise la troupe contre une manifestation commémorant la mort du député Baudin. À un moment où l'Empire se libéralise, cette rigueur n'est plus de mise et il doit quitter ses fonctions (16 décembre 1868).

Après avoir refusé un poste important à la Cour de cassation, il décide de faire campagne aux élections législatives de 1869 et est élu député du Nord. Avec la guerre franco-prussienne et le désastre de Sedan, la République est proclamée mais il reste fidèle à l'Empire.

Indésirable à Paris et dans sa circonscription du Nord, il retourne dans sa ville natale d'Autun. La guerre n'étant pas finie, il participe à la défense de la ville où Garibaldi, venu se mettre service de la République, s'est installé avec son état-major. Accusé de connivences avec l'ennemi, il est arrêté et jeté en prison. Il est libéré au bout de quelques jours, faute de preuves.

De retour à Paris, il revient en politique et participe à un comité impérialiste qui réunit d'anciens ministres et députés. Dans le même temps, il se fait élire au conseil général de Saône-et-Loire à Issy-l'Évêque et reprend son ancien métier d'avocat. Dès le printemps 1871, il rend visite à Napoléon III exilé en Angleterre. L'installation définitive de la République (1875) ruine définitivement les projets des partisans du retour à l'Empire.

Après la mort de sa mère (1882), il abandonne toute vie publique pour se consacrer à sa famille. Ses dernières années sont endeuillées par la mort de ses proches puisque, en moins de dix ans, il perd sa sœur, sa femme, son fils, sa fille et son gendre et que c'est seul qu'il meurt dans son hôtel particulier de Bourg-en-Bresse.