Sainte-Radegonde.

01/05/2018

Qui était Radegonde ?

 Radegonde naquit à Erfurt. en Allemagne, aux environs de l'année 519. A la mort de son grand-père, Basin, roi de Thuringe, le royaume fut partagé entre ses 3 fils, Badéric, Hermanfred et Berthaire (père de Radegonde). Berthaire, devint roi de Tongres mais comme de coutume à cette époque, une guerre fratricide éclata. Lorsque Berthaire et son épouse furent tués par son propre frère Hermanfred (ou Hermanfroy), soutenu par les rois francs Théodoric et Clotaire Ier, les deux enfants, qu'on épargna, firent partie du partage des lots, et devinrent propriétés de Clotaire : c'était Radegonde, âgée de dix ans, et son frère, qui en avait douze.

Clotaire, alors roi de Soissons, Orléans et Bourgogne, fit élever Radegonde avec soin à la maison royale d'Athies en Vermandois, où elle reçut une éducation savante et polie à laquelle la trempe de son esprit lui fit prendre du goût. Les longues heures d'étude passaient rapidement pour elle : elle lisait avec délices les manuscrits latins que lui donnaient ses maîtres ; instruite de la religion chrétienne et pleine de ferveur, elle embrassait avec ardeur les vérités de la foi. Les récits de la vie des saints la transportaient d'admiration; elle savourait les délices des saintes Écritures. Elle visitait les malades et les miséreux.

On pense que le roi Berthaire et sa famille étaient chrétiens et que Radegonde avait été baptisée dans son enfance.
Quand elle eut grandi, Clotaire, devenu veuf, la trouva à son goût et décida d'en faire sa prochaine épouse. D'après les écrits de ses contemporains, tous  décrivaient Radegonde comme une très belle femme. Triste du souvenir de son pays et de l'image des massacres dont elle avait été témoin, elle ne pouvait supporter l'idée de devenir l'épouse de l'homme qui avait aidé à accomplir ces meurtres. Radegonde essaya de se sauver mais fut ramenée et obligée de se soumettre Elle devint, donc, la reine des Francs. En tant que reine, elle portait de riches vêtements et les bijoux qui seyaient à son rang, mais elle n'aimait pas la vie qu'on lui faisait mener Elle essayait donc d'éviter les trop nombreuses fêtes et banquets que son mari organisait. Il y mangeait et y buvait avec ses amis jusqu'à en perdre la raison.


Elle usait souvent de son influence pour faire libérer ou pardonner des prisonniers. Elle avait l'habitude de prier beaucoup, surtout la nuit, et le roi Clotaire 1er, son mari avait coutume de dire : "je n'ai pas épousé une reine, mais une nonne."
Cette vie étrange dura quelques années jusqu'à ce que le frère de Radegonde devienne un homme. Clotaire, craignant qu'il n'essaie de reconquérir le royaume de son père, en Thuringe, le fit tuer. Cela fut trop pour Radegonde. Elle décida en 550 qu'elle ne pouvait pas continuer à vivre avec le meurtrier de son frère et requit l'autorisation de quitter la cour de son mari. Elle obtint gain de cause. « Allez, lui dit-il, et revenez plus soumise et plus gaie. » Radegonde partit, mais avec d'autres projets. Accompagnée de quelques femmes et d'une jeune fille qu'elle avait attachée à sa personne, elle va à Noyon où Saint Médard, vieil évêque. lui accorda le droit de porter le voile.

Cela marqua la fin de la vie de Radegonde en tant que reine.
Ensuite, elle se débarrassa de ses riches vêtements et bijoux et décida de voyager vers le sud, le plus loin possible du royaume de son époux. On pense qu'elle traversa Paris, et resta quelque temps à Tours où elle se rendit sur la tombe de Saint Martin. Elle alla, probablement. en pèlerinage à Candes de l'autre côté de la Loire où Saint Martin était mort. Elle dut, aussi, rendre visite à un ermite britannique, John, qui vivait dans une grotte située dans la falaise, du côté de Chinon. Elle s'installa dans son manoir de Saix. près de Fontevraud que Clotaire lui avait donné après leur mariage.

En 552, elle partit à Poitiers pour visiter la tombe de Saint Hilaire. Là, elle décida d'y rester et de fonder une abbaye. Il était d'usage que l'épouse reçût un don chez les Francs de son mari, le lendemain de son mariage ; ce don s'appelait morghen-gabe, présent du matin ; il était proportionné au rang de l'époux : un cheval tout équipé pour la femme d'un guerrier, appelée à le suivre dans ses voyages ; une ville, des joyaux pour l'épouse d'un chef. Selon cet usage apporté de Germanie en Gaule, Radegonde, dépouillée de tout dans son pays par Clotaire, avait reçu de lui un riche don du matin : elle en consacra le prix à la fondation de son monastère.


Quatre années se passèrent ainsi. Une fois, sous un prétexte de dévotion, venant jusqu'à Tours, Clotaire projeta d'enlever la reine et de la ramener dans son palais. Saint Germain, évêque de Paris, s'entretint avec lui et lui conseilla de laisser Radegonde embrasser la voie qu'elle avait choisie. Clotaire suivit le conseil de l'évêque. Plus tard, il contribua, même, à la construction de l'abbaye, alors appelée Sainte Marie. Elle était située près de la cathédrale de Poitiers, contre les remparts, mais a l'intérieur des enceintes de la ville. 

Avant de se retirer complètement, Radegonde effectua un dernier voyage dans le sud de la France, cette fois. Avec son amie Agnès, elle alla à Arles pour en apprendre plus sur le règlement que Saint Césaire avait ébauché pour sa propre sœur : règlement qu'elle avait bien envie d'appliquer à la fondation de Poitiers..

A son retour, elle demanda à Saint Germain de nommer Agnès comme abbesse du couvent. Ainsi, elle n'aurait pas de rôle important à jouer dans la conduite de l'abbaye. Dès lors. Radegonde passa le reste de sa vie comme une religieuse ordinaire, accomplissant les tâches qui lui incombaient, même les plus humbles. A certaines périodes, telles que le Carême ou l'Avent, elle se retirait dans des lieux reculés pour prier et faire pénitence. Cependant, elle restait en contact avec le monde extérieur et n'hésitait pas à intervenir si elle pensait pouvoir être d'une aide quelconque. Par exemple, elle essaya de faire entendre raison aux héritiers de Clotaire, ses fils d'un premier mariage, afin qu'ils rétablissent la paix avec leurs cousins.


Radegonde nourrissait une passion pour les reliques des saints. Elle profita de sa réputation et de son rang royal pour intercéder auprès de Justin l'empereur de Constantinople. Il accepta de lui envoyer un morceau de la Croix du Christ qui avait été trouvée par Sainte Hélène à Jérusalem. La relique fut l'occasion d'une grande cérémonie le 19 Novembre 569 et depuis lors, l'abbaye prit le nom de Sainte Croix.

Cela fut l'occasion pour Venance Fortunat, le biographe de Radegonde, de composer le fameux hymne "Vexilla Régis prodeunt". Fortunat était un savant italien, venu à Poitiers en tant que pèlerin. A la mort de Radegonde le 13 Août 587, il y avait 200 religieuses à Poitiers.
I1 ne fallut pas longtemps pour que sa tombe devienne un lieu de pèlerinage. Très vite, l'église Notre Dame Hors les Murs, adjacente à la tombe, fut rebaptisée "Sainte Radegonde".
A travers toute la France ainsi qu'en Grande Bretagne, Autriche. Belgique et Italie, d'autres églises portent son nom.

Le village de Sainte-Radegonde, en Saône-et-Loire portait autrefois le nom de Chassigny.

Claude Courtepée (grand historien de Bourgogne et en particulier du Morvan, né à Saulieu) raconte que Chassigny fut changé en Sainte-Radegonde à l'occasion de l'apport d'une relique de cette Sainte aux temps des Croisades, entre 1096 et 1270.