Un 23 janvier.

23/01/2018

les inondations de 1910:

En 1910, en janvier, la France a connu de grandes inondations. La presse de l'époque s'est surtout attachée à couvrir cet événement au niveau de Paris. De même, les éditeurs de cartes postales ont surtout photographié la capitale sous les eaux. Mais il y a peu de documents concernant les autres régions. Ces crues sont dues à une pluviométrie importante conjuguée à un enneigement exceptionnel des régions plus élevées telles que le Morvan. Un épaisse couche de neige qui s'est mise à fondre en même temps que la pluie se déversait sur les vallées.


En lisant un article du « Morvan républicain » en date du 23 janvier 1910, on apprend que depuis plusieurs jours, toutes les prairies de la région d'Autun étaient inondées. Mais dans la journée du jeudi 20 janvier, la crue a dépassé les prévisions, et jamais les vieux Autunois n'avaient assisté à une inondation pareille.

(Là, nous mettons un petit bémol aux écrits du journaliste, car le 10 septembre 1789, une inondation bien plus importante avait envahi le secteur. Un repère à l'aval du pont d'Etang-sur-Arroux en témoigne. Mais il a raison de dire que jamais les vieux Autunois n'avaient assisté à une telle inondation, car il y a eu plus de 130 ans d'écart entre les deux événements!)

Pour en revenir à 1910, l'eau recouvrait toutes les routes donnant accès à Autun. Celles de Luzy, de Château-Chinon, de Lucenay de même que celles de Nevers, de Moulins avec accès par le pont Saint-Andoche, et de Saulieu étaient coupées. Elles baignaient sous un mètre d'eau par endroits. Les larges et hautes arches du pont ne suffisaient plus à l'écoulement de l'Arroux, de telle sorte que la solidité de celles-ci étant menacée, la circulation publique y fut suspendue par arrêté.

Dans la nuit du jeudi au vendredi, des feux furent allumés de chaque côté du pont et de toutes parts on déménageait, alors que l'eau avait déjà envahi les habitations les plus basses et les plus proches de l'Arroux.

Depuis trois jours, le tacot qui reliait Autun au Pré Charmoy (près de la Celle-en-Morvan) ne pouvait plus rendre ses services. Il fut remplacé par un service de voitures, en attendant que la compagnie ferrovaire ait procédé à la réfection du ballast de la voie, qui a été soulevé en de nombreux endroits par le flot du Ternin, ruisseau qui rejoint l'Arroux.

Plusieurs hameaux et notamment celui de la Jennetoye, près du temple de Janus, sont encerclés par les eaux et privés de toutes communications. Les immenses ateliers d'ébénisterie et de marbrerie de Saint-Pantaléon sont submergés.

Partout, à Dracy-Saint-Loup, à Laizy, à Etang, à Toulon-sur-Arroux, à Gueugnon, on signale de graves dégats occasionnés par les crues. Rappelons que l'Arroux se grossit en chemin des eaux du Ternin, de la Braconne, du Mesvrin, tous issus des hauteurs du Morvan méridionnal.

Après cette tragédie qui, même si elle n'a pas fait beaucoup de victimes mais qui a généré des ruines sur son passage, des scientifiques et quelques hommes politiques se sont élevés contre l'une des causes d'un tel déferlement des eaux : la déforestation de la montagne morvandelle.

Ils reprochèrent à la France de ne pas investir, contrairement aux autres grands pays, afin de rendre son manteau forestier à la montagne. Cependant un vaste programme avait été voté en 1858 pour le reboisement ainsi que l'engazonnement. Mais ce décret s'est heurté aux partisants des pâturages à outrance !

Les illustrations :

Etienne de Martenne : « Débordement de l'Arroux à Laizy »

J-M. Berthelon : « la Porte Saint-André sous la neige »

Lucien Labille ; « Autun vu de Couhard »