Conte de Noël.....peut-être un peu immoral.

24/12/2017

Le coup du Jacques:

C'était par une froide nuit de Noël, dans une village au creux du Morvan . La neige tombait à gros flocons et la bise s'engouffrait par la fenêtre sans vitres ni volets, dans le misérable logis où, pour tout mobilier, on ne voyait, à la lueur vacillante d'une chandelle fumeuse plantée dans le col d'un vase, qu'une écuelle et un poêle sans feu.

Assis dans un coin, sur le sol glacé, l'hôte de ce logis, un pauvre hère du nom de Jacques Gey, s'essayait à la lecture d'une bible qui lui avait été prêtée par le père Régnier, curé de la paroisse.

Mais les sages enseignements du livre n'arrivaient pas à combattre l'amertume de notre Jacques, particulièrement en cette nuit sainte.

Il considérait son lamentable état : alors que dans tous les âtres des hameaux environnants, flambait la plus grosse bûche choisie depuis longtemps pour la circonstance, alors qu'en famille, on se pressait autour des tables chargées de victuailles, lui, Jacques Gey, était seul, sans parents, sans amis et grelottant dans cette masure où s'engouffrait par la fenêtre sans vitres, la bise de décembre, et affamé de surcroît.

Il était ainsi perdu dans ses désespérantes pensées, lorsque ses yeux, errant sur la bible, fixèrent une maxime qui semblait se détacher du reste des lignes : « Aide-toi, le ciel t'aidera ! »

  • En vérité, se dit le pauvre bougre, voici un admirable avis ! Au lieu de me morfondre ici dans une inaction stérile, je pourrais, par mes efforts, provoquer quelque coup de fortune.

Il sortit de chez lui et remarqua au bout de sa rue, une sorte de dépotoir dans lequel, il ramassa un bout de ficelle et une cloche fêlée. Cela convenait à son plan. Mais pour compléter son attirail, un lui manquait encore une chose.... ou plutôt un coéquipier.

Il ne le chercha pas longtemps : sur la grand' place, il appela un vieux chat efflanqué qui vint se frotter à ses jambes en espérant l'aubaine d'un peu d'affection chaleureuse et d'une petite friandise. Jacques le prit dans ses bras assez facilement.

Dès lors, muni du matériel nécessaire, il s'en alla en direction d'un cabaret où il savait que de joyeux lurons faisaient bombance. Par les fenêtres étincelantes de la rue, on voyait que tout le quartier festoyait ferme !

Jacques enroula par le milieu sa ficelle à une barre d'attache pour les chevaux, puis noua une extrémité à la queue du chat et à l'autre extrémité la cloche se balançait. A peine se fut-il caché sous une porte cochère que déjà, le matou enrageant de se retrouver dans une posture inconfortable, se lançait dans des séries de bonds désordonnés qui mettaient la cloche en branle ; ce fut très vite un vacarme assourdissant.

Les occupants du cabaret, sortirent furieux et, saisissant au hasard les objets qu'ils avaient à portée de mains, ils les jetèrent en direction du pauvre animal de plus en plus bondissant. Cette recrudescence sonore mit en émoi toute la rue. D'autres festoyeurs sortirent des maisons voisines et se mirent à lancer sur la bête importune tout ce qui leur tombait sous la main .

Le chat, finalement assommé, demeura inerte sur le sol.

Tous les convives regagnèrent leurs tables. Et comme c'étaient les tables et les coffres à bois qui avaient fourni la majeure partie des projectiles, Jacques put faire une ample moisson de combustible et de victuailles.

Chargé de ses dons de fortune, il reprit le chemin de son misérable logis, où, par la fenêtre sans vitres, s'engouffrait la bise hivernale. Mais, chaudement installé près du poêle ronflant, il put, lui aussi, célébrer Noël.

« Aide toi et le ciel t'aidera », enfants, gravez cette maxime dans votre esprit. Elle vous servira.