Au bon vieux temps....

16/12/2017

Au bon vieux temps des cantonniers.

Il y a bien longtemps, l'entretien des chemins et des routes faisait partie de la corvée obligatoire que devaient les serfs à leur seigneur.

En 1764, les voies furent découpées en cantons (du provençal canton qui signifiait côté, coin), zone allant d'un point à un autre. C'est l'ingénieur des Ponts-et-Chaussées Pierre Marie Jérôme Trésaguet (né à Nevers) qui mit au point le premier programme national de construction et d'entretien des routes. La corvée ayant été peu à peu abolie par Turgot, des ateliers d'entrepreneurs locaux se virent confié ces travaux.

Mais ce fut une gabegie. Napoléon Ier s'impatientant de ne pas avoir de belles voies de circulation en France, le corps des cantonniers fut créé. 

Un règlement concernant la profession, paru en 1835,  est pour le moins éloquent. Il stipule que le cantonnier devait:

- assurer l'écoulement des eaux au moyen du curage des cassis, gargouilles, arceaux, et de petites saignées. 

- casser les glaces de la chaussée, les enlever et répandre du sable et des gravats, notamment dans les côtes et les tournants brusques. 

- veiller à la conservation des bornes kilométriques et des poteaux indicateurs. 

- casser aussi les glaces des fossés et les enlever dans les endroits où elles s'accumulent de manière à faire craindre l'inondation de la voie lors du dégel...etc...etc....

Jusqu'à la première guerre mondiale, les usagers ne se bousculaient pas sur les chemins des villages. Le cantonnier transportait ses outils dans une brouette, qu'il garait au bord du talus tant que durait son ouvrage de réfection. 

Soon matériel (qui au départ n'était pas fourni par l'administration) se composait d'une brouette, d'une pelle en fer, d'une pelle en bois, d'un pic-pioche, d'un rabot de fer, d'un rabot de bois, d'un rateau, d'une pince, d'une masse et d'un cordeau, d'un balai.

Selon la saison, il balayait les mottes laissées par les charrues, étalait les gravillons dans les "nids de poule" ou curait les fossés en prévision des pluies. L'herbe des accotements était laissée aux paysannes, qui la faucillonnaient pour leurs lapins ou y attachaient leurs chèvres. 

 Les pierres étaient fournies par les paysans, comme pendant les corvées du Moyen Age. Les trous rebouchés, le cantonnier tassait les reprises en roulant dessus un cylindre à avoine; le cheval était prêté par un paysan complaisant. Des cabanes, maçonnées ou en pierres sèches, construites çà et là sur l'accotement, permettaient aux cantonniers de s'abriter des intempéries et, la journée terminée, de ranger les outils qu'ils n'auraient pas, de la sorte, à rapporter le lendemain.

Les ordres qu' exécutait le cantonnier émanaient d'un supérieur hiérarchique et d'un ingénieur. C'était à bicyclette que le cantonnier-chef faisait son inspection. Les gens prétendent volontiers, sur le ton de la blague, qu'un cantonnier n'a de corne qu'au menton à force de rester arcbouté, des journées complètes, du matin au soir, sur le manche de son outil. Or ce métier était non seulement un exercice très éprouvant, très mal payé, mais c'était aussi un métier de solitaire. 
Les axes principaux furent goudronnés dans les années 1920, mais le macadamisage du réseau secondaire ne se fit qu'après la Seconde Guerre.

 Si les conditions de circulation s'en trouvèrent améliorées, le boulot des cantonniers n 'en devint pas moins pénible pour autant. Il fallait toujours rapiécer le revêtement, nettoyer les accotements, faucher les talus, curer les fossés, prêter la main aux maçons qui construisaient les ponts d'écoulement. Les cantonniers des nationales se chargeaient, en plus, de l'élagage des alignements d'arbres et des replantations qui s'imposaient. En revanche, l'entretien des chemins vicinaux relevait des municipalités qui avaient leurs propres agents.

Les voies empierrées étaient plus éreintantes à entretenir que les routes goudronnées. Il y avait sans cesse des ornières qui se creusaient, des trous qui s'approfondissaient, des ravines qui s'aggravaient sous l'orage. Au dégel de chaque hiver rigoureux, les véhicules s'enlisaient dans la gadoue et ne parvenaient plus à se tirer des bourbiers. Parfois, on devait appeler un cultivateur à la rescousse, qui rappliquait avec son cheval. Qu'il pleuve ou qu'il vente!

 Victime du progrès, le métier de cantonnier a lentement disparu peu de temps après la seconde guerre mondiale (1947) laissant derrière lui des cabanes qui servaient à s'abriter des intempéries et y déposer des outils.

En 1947, les appellations de cantonnier-chef et de cantonnier des Ponts et Chaussées sont respectivement remplacées par « Conducteur de chantier des Ponts et Chaussées » et « Agent de travaux des Ponts et Chaussées ». Ces derniers deviendront des agents d'exploitation en 1991 avec la création du corps des agents d'exploitation des Travaux Publics de l'État pour les agents travaillant en Direction départementale de l'Equipement ou des agents d'exploitation de la route ou agent d'entretien de la voirie pour la fonction publique territoriale.

https://www.youtube.com/watch?v=7j_JUr80Ouk  (chanson "Sur la route de Louviers")