Au bon vieux temps....

11/11/2017

Au bon vieux temps des rémouleurs:

Les plus âgés d'entre-nous se souviennent sans doutes d'avoir vu, et surtout entendu les rémouleurs qui passaient dans nos villages. « Rémouleur, rémouleur ! repasse couteaux, ciseaux ! » Leur cris pour attirer le client et le bruit de leur meule provoquaient souvent un attroupement d'enfants curieux.

Le rémouleur était une personne qui aiguise ou repasse les instruments coupants et tranchants des cuisinières et des commerçants. Par le passé, il prenaient soin aussi des poignards et des épées des gentilshommes.

L'origine de leur nom vient de « émoudre » qui vient lui-même du latin « exmolere » qui signifiait : aiguiser sur une meule. Mais attention, ne confondons pas, il y avait les émouleurs et les rémouleurs.

Les émouleurs sont les employés d'industrie, comme par exemple dans les usines de Thiers.

Les rémouleurs sont itinérants, passant de ville en ville avec une petite meule ambulante qu'il tourne avec ses pieds. Le métier de rémouleur était encore très commun jusqu'à l'entre deux guerres. Le rémouleur se déplace avec sa petite charrette ou brouette, sur laquelle est fixée sa meule, Il s'arrête à chaque coin de rue en agitant sa clochette et en criant.

Le métier de rémouleur est très ancien ; on en retrouve les premières traces aux environs de 1300.
En 1807, la loi fait obligation d'avoir un passeport pour sortir de France, mais aussi pour voyager en France.

Extrait d'un texte : « On partait en février. Février c'est le mois des grands froids, donc par les intempéries. C'est à pied que s'effectuait le très long trajet : Lorraine, Alsace, Allemagne du sud, pour gagner la Suisse (rive du lac de Constance, canton de Saint-Gall, centre de dentellerie. Soit un itinéraire de l'ordre de 400 km - aller ! -. On portait tout à dos : le strict nécessaire dans des hottes et les métiers à aiguiser avec leurs lourdes meules.
On partait pratiquement sans argent, en s'efforçant d'en gagner tout le long du trajet avec de menus travaux, avec la vente de rasoirs, de quelques objets. Parfois, les menus travaux se faisaient rares, c'était la misère complète sur la route »
.

Le métier vivra jusqu'au milieu du XXème siècle. Par la suite, la qualité des aciers et leur traitement vont rendre l'affutage de plus en plus rare.

L'équipement du rémouleur a évolué au fil du temps pour devenir à la fin un engin relativement sophistiqué (quand il avait les moyens de l'acheter).
Au début, il s'agissait d'un simple bati, muni d'une lourde meule de grès, souvent actionnée à la main par un apprenti. Le bati était transporté sur le dos au moyen de sangle. Plus tard, une brouette a rendu le transport moins fatiguant ; le rémouleur y ajoute une réserve d'eau pour lubrifier la meule, et par la suite, la fameuse pédale qui lui permettra d'actionner lui-même la meule à l'aide du pied.
Enfin la brouette est devenue une charette plus évoluée, mais toujours tirée par le rémouleur. La taille du support s'agrandissant, on y ajoute un étau pour affûter les scies, une petite enclume et un marteau pour redresser les lames tordues ; ensuite viendra le temps de la démultiplication de l'entrainement au moyen d'une grand roue et d'une courroie, des tiroirs pour ranger les outils.

Dans les films, on retrouve souvent ce personnage de la vie quotidienne qu'est le rémouleur. Ainsi dans « Regains » de Marcel Pagnol, d'après l'oeuvre de Giono, Charles Blavette joue le rôle d'un repasseur de couteaux. De même dans « Lilom » de Fritz Lang, « Sous le ciel de Paris » de Julien Duvivier, on rencontre un rémouleur.